SS Ourang Medan : terreur à bord !

Si chaque naufrage est un drame humain, il est des fortunes de mer qui en plus nous plongent dans l’incompréhension et le mystère le plus total. De nombreux vaisseaux ont ainsi péri corps et bien dans des circonstances qui viennent alimenter les croyances et les superstitions les plus noires des marins. C’est le cas d’un bâtiment hollandais ou allemand dont ont ne sait même plus aujourd’hui s’il a vraiment existé ou s’il est issu de l’imagination fertile d’un auteur italien : le SS Ourang Medan, un navire qui sombra dans les eaux de la Malaisie en 1940 (ou quelques années plus tard, selon les sources) dans des circonstances pour le moins étranges.

 SS Ourang Medan

À ce que l’on en sait, l’Ourang Medan avait quitté en catimini un petit port chinois, quelques jours plus tôt, en embarquant de mystérieuses caisses, soigneusement dissimulées à fond de calles. Le steamer devait gagner le Costa-Rica au terme d’une traversée qui aurait dû se dérouler sans encombre. La météo était clémente et la chaudière ronronnait comme un gros chat dans la salle des machines. Je ne dirais pas vraiment qu’il s’agissait d’une balade de santé, c’était même un sacré périple à travers le Pacifique avec ce rafiot qui n’était plus de première jeunesse, mais il n’y avait pas de quoi non plus inquiéter le capitaine, qui était un vieux loup de mer.

À quelques milles de l’Ourang Medan, croisait un autre vaisseau, américain celui-là, le Silver Star, un navire moderne et bien armé. C’est en début d’après-midi qu’un S.O.S parvint à l’officier radio du Silver Star, un message vraiment étrange provenant de l’Ourang Medan :

– Le capitaine est mort, les officiers sont morts, tous les marins sont morts, il les a tous tués, il ne reste que moi.

Immédiatement le jeune officier court informer le capitaine qui ordonne de se dérouter pour porter secours au navire en détresse. La radio de l’Ourang Medan émet encore quelques minutes et tous les officiers présents dans la salle des transmissions se figent lorsque parvient un dernier câble du bâtiment en perdition :

– Je meurs aussi !

Quelques heures plus tard, le Silver Star aperçoit l’Ourang Medan qui semble avoir mis en panne. Il est totalement intact, aucune avarie n’est décelable. L’officier donne l’ordre à une équipe de débarquer sur le bateau d’où n’émane aucun signe de vie. C’est un véritable bateau fantôme qui dérive sans contrôle sur l’Océan Pacifique.

Le commando prend donc pied à bord et là, tous les marins, même les non-croyants se signent en découvrant l’effroyable spectacle. Des corps gisent au sol, pêle-mêle, entassé comme de vulgaires marchandises mal arrimées et répandues sur le pont par la tempête. Mais plus encore que les cadavres, il y a une chose qui terrorise les sauveteurs : ces yeux grands ouverts, presque exorbités sur des visages figés par un rictus de terreur, qui regardent fixement vers le ciel. Les mâchoires sont décrochées, comme si les victimes avaient voulu hurler en passant de vie à trépas. Mis à part ces stigmates, les corps ne portent aucune trace de blessure qui aurait pu entraîner la mort.

Se ressaisissant, l’officier intime à ses hommes l’ordre de fouiller le navire, à la recherche de survivants ou peut-être même d’un assassin. Les marins ne sont pas chauds pour entrer dans les structures du navire, mais s’exécutent pourtant. Ils retrouvent encore d’autres cadavres, y compris celui du chien de bord, comme figé lui aussi. L’un des hommes revient en courant du poste de commandement. Il tien un gros livre à la main, le manifeste de la cargaison.

– Lieutenant… regardez ce que le navire transporte ! dit-il totalement blême.

L’officier à son tour écarquille les yeux en lisant à haute voix le mot inscrit sur le registre : Nitroglycérine.

– Au feu, au feu !!! Le cri provient de l’échelle qui permet d’accéder à la salle des machines d’où commence à se dégager une épaisse fumée noire. La chaudière, laissée à l’abandon vient de s’embraser.

L’équipage de Silver Star quitte précipitamment l’Ourang Medan et sa funeste cargaison pour rejoindre son bord. Quelques minutes plus tard, une formidable explosion agite l’océan. Le SS Ourang Medan, pulvérisé, disparaît en quelques minutes dans une gerbe d’écume, emportant à jamais son secret.

Que s’est-il donc passé sur le vaisseau de l’horreur ?

Très vite, les théories les plus farfelues ont vu le jour, présence diabolique à bord, attaque d’extraterrestres. Des rumeurs alimentées par le mystère des caisses chargées en secret en Chine.

Pourtant l’une d’elles semble un peu plus plausible que les autres. En effet, souvenons-nous que nous étions au début de la Seconde Guerre mondiale et que dans un camp comme dans l’autre l’on testait d’innombrables moyens de destruction. Certains auteurs sont persuadés que c’est dans cette direction qu’il faut chercher. Il est évident que la cargaison n’était pas très légale, entre les barils de nitroglycérine, un explosif particulièrement instable qui sert de base à d’autres explosifs moins capricieux entrant dans la composition de nombreux système d’armes, et les fameuses caisses dissimulées au plus profond des soutes. Que contenaient-elles vraiment ? Certaines personnes ont avancé l’hypothèse d’un gaz neurotoxique destiné à un quelconque champ de bataille et dont les conteneurs auraient été endommagés, peut-être par une entrée d’eau de mer dans les cales.

Un autre fait curieux et que personne ne put remonter ni au port d’attache, ni à l’armateur de l’Ourang Medan qui semble ne jamais avoir existé, malgré un rapport de sauvetage effectué par le Silver Star. L’épave elle-même n’a pas été retrouvée à ce jour.

Alors que s’est-il vraiment passé à bord du navire fantôme ? Seule la découverte de l’épave permettrait de lever le voile sur ce mystère.