Le couteau suisse – Nouvelle policière

Lorsqu’un homme appelle Police Secours pour signaler qu’il vient d’assassiner sa femme, que l’individu attend sagement les policiers et se livre sans résistance, l’affaire semble assez simple pour envoyer un bleu procéder à l’enquête de routine.

Le seul problème est que, lorsque Luc Villeneuve a tiré sur son épouse, elle était déjà morte étranglée depuis plusieurs heures. Un vrai casse-tête pour le lieutenant Kaminski, frais émoulu de l’école de police.


Bonjour à toutes et à tout,
Voici le troisième opus de mes nouvelles policières.
Comme d’habitude, lorsque vous parviendrez à l’avant-dernier chapitre, vous pourrez télécharger (toujours gratuitement) la résolution de l’énigme et l’épilogue au format PDF. Vous conserverez ainsi l’histoire intégrale que vous pourrez imprimer. Attention, vous ne pourrez la télécharger qu’une seule fois, pensez bien à l’enregistrer sur votre ordinateur – ou alors, il vous faudra entrer une nouvelle adresse mail.

Dans le courant de l’année, je publierai ce recueil en livre broché, vous pourrez l’acheter, si le cœur vous en dit – Vous serez informé en priorité de la parution.

Dans tous les cas, n’hésitez pas à laisser un commentaire objectif sur Amazon (que vous ayez aimé ou pas), lorsque le livre sortira.

Le couteau suisse

Le temps des assissins

Le temps des assassins, recueil de nouvelles policières de Hervé Michel

 

Je l’ai tuée

Le lieutenant Simon Kaminski braqua sa lampe torche sur la porte d’entrée de la luxueuse villa martégale. Le jeune flic transpirait abondamment sous son gilet pare-balles. Il faut dire que la fraîcheur relative de la nuit n’avait même pas réussi à tiédir l’air surchauffé de ce mois d’août caniculaire. Il devait faire au moins trente degrés et pas la moindre brise pour alléger l’atmosphère.

Kaminski quitta ses grosses lunettes pour essuyer la sueur qui lui coulait sur ses paupières. L’asperge, comme le surnommaient ses collègues, n’avait pas vraiment le profil du super flic. Grand, mince, le visage émacié, une tignasse indomptée, il aurait moins détonné sur les campus marseillais que devant cette villa cossue, avec son gilet pare-balles estampillé police et son Sig-Sauer à la main.

Il poussa doucement la porte, restée entrouverte et fit signe aux  deux gardiens de la paix qui l’accompagnaient de le suivre.

À l’intérieur, la lumière brillait. Le vestibule était une vaste pièce qui ne comptait, pour mobilier, qu’une commode moderne et de nombreux tableaux décoratifs aux murs.

Un grand escalier en marbre clair montait à l’étage. Un homme était assis sur la première marche, la tête baissée et les bras ballants, un pistolet automatique et un téléphone portable posés à ses pieds.

—Les mains sur la tête, tout de suite! cria Kaminski en mettant l’homme en joue. L’autre n’eut aucune réaction, comme s’il ne comprenait pas l’ordre.

—Lève tes mains, je te dis. Sinon je t’allume!

Le type finit par obtempérer et leva les bras, le regard toujours fixé vers le sol.

L’un des gardiens de la paix se précipita. D’un coup de pied, il poussa l’arme qui vint buter contre la chaussure du jeune flic, puis menotta l’individu. L’homme se décida enfin à parler

—Je l’ai tuée, je l’ai tuée, dit-il.

—Où ça? questionna Kaminski.

Le prisonnier fit un vague signe de la tête pour désigner l’escalier.

—Ce gars est complètement ivre, mon lieutenant, dit le policier qui lui avait passé les menottes.

—Reste avec lui et toi suis-moi, ordonna le jeune flic au second agent, en s’engageant dans l’escalier.

L’étage, contrairement au rez-de-chaussée, était plongé dans l’obscurité. Les deux hommes s’engagèrent dans un long corridor, guidés par le faisceau étroit de leur torche. Ils poussèrent une à une, avec précaution, les trois portes qui s’ouvraient sur leur droite. Il y avait deux chambres inoccupées et une salle de bain.

Au fond du couloir se trouvait une quatrième pièce dont la porte était grande ouverte. Là encore, il s’agissait d’une chambre, mais celle-ci n’était pas vide. Sur le lit en désordre, une femme était allongée en déshabillé blanc. Au centre de sa poitrine, deux larges taches rouges maculaient la nuisette.

Kaminski s’approcha du corps pour prendre le pouls carotidien. Il se retourna vers son collègue et fit signe de la tête que tout était fini.


Des indices à la pelle

Il était près de dix heures du matin lorsque les experts de la police technique et scientifique de Marseille arrivèrent sur les lieux du crime.

La grande villa du couple Villeneuve ressembla bientôt à une ruche en pleine effervescence. Des hommes en vert, masque chirurgical sur le nez et gants de latex bleu, fouillaient les moindres recoins de la maison, relevaient les empreintes, vidaient les tiroirs, analysaient les traces.

Kaminski attendait sur le perron, devant la porte qu’il avait déjà franchie quelques heures plus tôt. Il était seul, cette fois. Ses supérieurs avaient jugé que face à un cas aussi simple, le bleu pourrait très bien s’en sortir sans aide. Luc Villeneuve avait lui-même prévenu police secours qu’il venait d’assassiner sa femme. L’affaire serait vite bouclée.

Un technicien vint à sa rencontre, et ôta son masque. C’était en fait une jeune femme, très matte de peau.

—Nous avons terminé, mon lieutenant, vous pouvez entrer, dit-elle.

—Avez-vous trouvé quelque chose d’intéressant? demanda Kaminski.

—Des tonnes d’empreintes, des traces ADN à la pelle dans les draps et ceci dans le lit. Elle sortit de sa poche un petit sac en plastique qu’elle lui tendit. Il contenait un couteau suisse.

—Des empreintes?

—Magnifiques mon lieutenant et ce ne sont pas celles de la morte, j’ai vérifié.

—Bien, bien répéta Kaminski songeur, allons voir la chambre. Il se demandait si une telle débauche de moyens était vraiment utile dans une affaire aussi évidente. Puisque le coupable était connu, on aurait aussi bien pu faire économiser tout ce cirque au contribuable.

Mais c’était la procédure.

Rien n’avait changé dans la chambre depuis sa visite, quelques heures plus tôt, mis à part les nombreuses salissures laissées par la poudre à empreintes et, bien sûr, le corps qui avait été enlevé.

—Le médecin légiste a-t-il donné l’heure du décès?

—Elle serait morte vers vingt et une ou vingt-deux heures.

—Vous êtes sûre?

—Ah moi, lieutenant, je ne suis sûre de rien, je vous répète simplement ce que m’a dit le légiste, rétorqua la jeune femme.

—C’est curieux, poursuivit Kaminski. Monsieur Villeneuve nous a appelés à deux heures du matin en disant qu’il venait de tuer sa femme. Nous sommes arrivés à trois heures moins le quart et la pièce sentait encore la poudre.

—Oui en effet c’est bizarre, répondit la technicienne en remballant ses affaires. Mais ça, c’est votre job, le mien s’arrête ici.

—Un instant, c’est quoi ces traces? Kaminski désigna une tâche grise qui se détachait nettement sur le carrelage blanc de la chambre.

—J’ai fait un prélèvement et je l’ai envoyé au labo. Allez, je vous laisse lieutenant, j’ai une autre scène de crime à expertiser. Ça vient encore de flinguer au Panier.

Simon Kaminski resta seul dans la chambre. Il passa une main dans sa chevelure épaisse, qui n’avait pas vu de peigne depuis au moins deux jours. Il faisait toujours ce geste lorsqu’il était perplexe. Et justement il était perplexe.

Il connaissait bien le légiste et il y avait peu de chances qu’il se soit trompé sur l’heure de la mort. Bien sûr il savait qu’il fallait attendre l’autopsie, mais la marge d’erreur était vraiment trop importante.

Il décida de faire un tour dans la maison à présent totalement déserte, avant d’apposer les scellés.

C’était une belle maison bourgeoise, meublée avec goût. Il y avait trois grandes chambres et une salle de bain à l’étage, la cuisine, la salle à manger et un grand salon au rez-de-chaussée.

L’habitation était attenante à un garage suffisamment spacieux pour contenir trois voitures. Un véritable luxe dans la région. Kaminski n’avait pas de voiture, trop compliqué dans Marseille et trop cher avec son salaire de flic. Il se rendait chaque jour à son travail en empruntant le métro.

Dans le garage deux voitures étaient stationnées, une Audi TT grise et un 4×4 BMW noir. Le jeune flic fit le tour du propriétaire. Sur un établi, étaient disposés quelques outils, tout juste le nécessaire du bricoleur du dimanche et encore aucun ne semblait avoir servi. Villeneuve était architecte, ce n’était probablement pas un manuel.

Dans le fond du garage, deux magnifiques vélos étaient suspendus au mur. Il y avait aussi quelques objets apportés là pour ne pas encombrer le reste de la maison: un aspirateur, un vieux PC, un jeu de roues pour le 4×4, montées avec des pneus neige totalement neufs et un gros climatiseur réversible.

—Voilà ce qu’il me faudrait, se dit-il en pensant à la chaleur infernale qui régnait dans son petit studio du XVe.

Il remarqua une petite flaque sous l’appareil.

—Pff, il est cuit, dommage, ça doit coûter un beau paquet un machin pareil.

Il poursuivit son inspection quelques instants encore puis décida rentrer à son QG de la rue Becker.

Tandis qu’il posait les scellés, son téléphone sonna. C’était le médecin légiste.

—Salut toubib, ne me dites pas que vous avez déjà pratiqué l’autopsie. Quoi, c’est une plaisanterie! Le procureur est déjà au courant? J’arrive tout de suite.

Kaminski raccrocha. Il n’en croyait pas ses oreilles, l’affaire venait de prendre un nouveau tournant pour le moins inattendu.


Meurtre et demi

—Kaminski, le patron veut te voir illico presto et l’avocat de ton client aussi, dit en riant le flic moustachu qui occupait le bureau en face du bleu. Pour ta première affaire, tu es gâté. Je crois qu’on n’a jamais vu ça ici.

Kaminski ne répondit pas et frappa à la porte vitrée du bureau du commissaire divisionnaire. Le vieux flic bedonnant lui fit signe d’entrer. Il y avait également le procureur, le médecin légiste et un jeune type un peu débraillé et mal rasé qu’il ne connaissait pas.

—Je vous présente maître Gilbert Lavallée, l’avocat de monsieur Villeneuve, dit le commissaire.

L’avocat salua Kaminski d’un hochement de tête. Ce dernier avait entendu parler de la réputation du jeune loup du barreau, qui prenait plaisir à ridiculiser les flics dans ses plaidoiries.

—Sale con! pensa-t-il en son for intérieur.

—Kaminski, nous avons un vrai problème, dit le divisionnaire en se levant lourdement de son fauteuil. Docteur!

Le médecin légiste se racla la gorge.

—Eh bien il semblerait que monsieur Villeneuve n’a finalement pas assassiné sa femme.

—Mais comment est-ce possible, il a avoué et je l’ai trouvé l’arme du crime à la main.

—Sauf, reprit le légiste, que lorsque Luc Villeneuve à tiré sur sa femme, à deux reprises, elle était déjà morte depuis un bon moment. Elle a été étranglée entre vingt et une et vingt-deux heures.

—Et il n’y a pas d’erreur possible?

Le légiste lança un regard noir au jeune flic.

—Dans ces conditions, vous allez pouvoir relâcher mon client, dit l’avocat.

—Doucement maître, ne nous emballons pas. Nous ne connaissons pas encore les motivations de votre client, ni le déroulement exact des faits, donc nous le gardons au frais pour l’instant, tant que le lieutenant Kaminski ne l’a pas interrogé, s’insurgea le divisionnaire.

—Très bien, mais alors faites vite, car l’horloge tourne. Je vous préviens, je ne tolérerai aucun dépassement de délais dans la garde à vue.

Kaminski sortit du bureau, un peu sonné. Ses collègues le regardaient, interrogateurs.

—Amenez le suspect en salle d’interrogatoire, ordonna-t-il au planton.

La salle d’interrogatoire était une petite salle exiguë aux murs blancs. Le seul mobilier qu’elle contenait était une large table grise, trois chaises et une caméra de surveillance placée au plafond, au-dessus de la glace sans teint permettant de suivre, en toute discrétion, les interrogatoires.

Kaminski observait Luc Villeneuve assis à cette table où s’étaient assis bien des caïds marseillais et encore plus de petites frappes. L’homme avait dessaoulé et présentait maintenant un visage tout à fait honorable. Il n’avait rien d’un tueur de sang-froid.

—Je suppose que vous êtes au courant, monsieur Villeneuve. Racontez-moi un peu ce qu’il s’est passé, cette nuit.

L’architecte baissa les yeux.

—Vous savez, lieutenant, j’ignore ce qui m’a pris. Nous nous étions disputés violemment, la veille, car Fabienne venait de m’avouer qu’elle avait un amant et qu’elle voulait me quitter. Je l’aimais, moi!

Des larmes emplirent ses yeux.

—Qu’avez-vous fait, après votre dispute?

—J’ai pris ma voiture et je suis parti.

—Quelle heure était-il?

—Aux environs de dix-neuf heures, je crois. Ensuite, j’ai roulé jusqu’à Marseille, cela m’a pris trois quarts d’heures, il y avait beaucoup de circulation. J’étais hors de moi, je me suis même fait flasher, sous le tunnel.

Le jeune flic hocha la tête.

—Continuez monsieur Villeneuve.

—Je suis allé au Black Sheep où j’ai commandé à boire et j’y suis resté jusqu’à ce qu’ils me mettent dehors, parce que j’avais fait un peu de raffut.

—Et là, quelle heure était-il?

—Honnêtement, je ne m’en souviens pas, j’étais dans un tel état. Je crois que j’ai même embouti une voiture dans le quartier de l’Estaque.

—Que s’est-il passé, lorsque vous êtes rentré chez vous?

—Ça reste vraiment flou, j’étais toujours en colère. J’ai dû prendre mon pistolet, que je garde dans le coffre qui est dans la salle à manger et puis… Mon dieu, qu’ai-je fait! Mais mon avocat m’a dit qu’elle était déjà morte… j’aurais pu devenir un assassin.

Villeneuve prit sa tête entre ses mains.

Kaminski soupira. Il ne savait vraiment plus quoi penser de cette affaire. Ce type le prenait-il pour un imbécile ou n’était-ce qu’un pauvre gars qui avait craqué et qui, au final, avait eu beaucoup de chance qu’un autre soit passé avant lui.

—Oui, beaucoup de chance, pensa-t-il, vraiment beaucoup de chance.

—Que va-t-il m’arriver? demanda le prisonnier.

—Ce n’est pas de mon ressort, mais pour l’instant vous restez en garde à vue.

—Encore une chose, monsieur Villeneuve, savez-vous qui était l’amant de votre femme?

Villeneuve secoua la tête. Il n’en avait pas la moindre idée.

—Et pour terminer, est-ce à vous? Il déposa le couteau suisse, toujours emballé dans le sac à échantillons.

—Non, il doit être à mon ami François Lebel, il est architecte, comme moi. Il en a toujours un avec lui, depuis que nous sommes gamins. Mais pourquoi me demandez-vous cela?

Kaminski ne répondit pas et fit signe au planton de reconduire Villeneuve en cellule.


Ami, amant, suspect

Cette nuit-là, Kaminski eut beaucoup de mal à trouver le sommeil, autant à cause de la chaleur étouffante que du groupe de jeunes qui faisaient vrombir les moteurs gonflés de leurs voitures de sport sur le parking, en bas de son immeuble.Cette affaire le travaillait. Il n’avait aucune envie de foirer lamentablement son premier dossier.Lorsque le réveil sonna, à six heures, il n’avait toujours pas fermé l’œil. Il prit une douche rapide, fit chauffer un peu de café puis referma soigneusement la porte derrière lui.

Lorsqu’il arriva devant l’hôtel de police, le planton le salua, comme à son habitude.

Il allait monter dans l’ascenseur qui conduisait au premier étage, où se trouvait son bureau, lorsqu’il croisa la jeune femme de la police scientifique, entrevue la veille.

—Ah bonjour lieutenant, je viens justement de déposer un dossier sur votre bureau. On a pu identifier les empreintes qui se trouvaient sur le couteau suisse. Tout comme les traces ADN sur les draps, elles appartiennent à un certain Frédéric Lebel, un architecte, comme votre client.

—C’est donc lui l’amant. Ses empreintes étaient dans le fichier?

—Absolument, il a eu un accident en état d’ivresse, il y a quelques années. Il avait renversé un piéton sur un passage protégé. Heureusement le type n’a eu que des blessures légères, mais on l’avait quand même interpellé. Et cerise sur le gâteau, un témoin a aperçu un Porshe Cayenne devant le domicile des Villeneuve, à l’heure du crime.

—Et j’imagine que le gars conduit un Cayenne.

—Tout juste, même couleur que celui aperçu ce soir-là.

—Merci pour ces précisions… Euh…

—Brigadière-chef Corinne Leduc. Ah au fait, on a aussi vérifié le parcours de Villeneuve, il était bien au Black Sheep jusqu’à une heure du matin. Il s’est battu avec un client et le videur l’a mis à la porte manu militari.

—Et pour l’accrochage.

—C’est le plus cocasse, cet abruti a embouti une de nos bagnoles de patrouille et a pris la fuite.

La première chose que Kaminski fit, en arrivant à son bureau, fut de consulter le dossier déposé par sa collègue.

Il décrocha le téléphone et composa le numéro du bureau du juge d’instruction.

La Clio noire roulait dans Marseille tous feux allumés et sirènes hurlantes. Kaminski, assis à l’avant, avait bouclé sa ceinture. Il  n’aimait pas vraiment les interventions de ce type. Le GPS marqua l’arrêt devant un magnifique immeuble haussmannien du quartier de la Joliette. C’était là que se trouvaient les bureaux de Frédéric Lebel. Le chauffeur gara la voiture sur le trottoir et quatre policiers en descendirent.

Conduits par Kaminski, ils pénétrèrent dans l’immeuble, sous le regard médusé du gardien, à l’accueil.

—Le bureau de Frédéric Lebel? demanda le jeune flic.

—Cinquième étage, répondit le gardien, je vais le prévenir.

—Certainement pas, il s’agit d’une surprise, ironisa le grand flic. Il laissa un homme en faction, dans le hall puis s’engouffra dans l’ascenseur avec les deux autres agents.

—Monsieur Lebel, veuillez nous suivre, s’il vous plaît.

L’architecte se retourna, surpris, et laissa tomber le dossier qu’il s’apprêtait à déposer sur le bureau de sa secrétaire en apercevant les trois hommes portant des brassards orange.

—Mais qu’est-ce que cela signifie?

—Vous êtes en état d’arrestation, monsieur Lebel, vous êtes soupçonné du meurtre de Fabienne Villeneuve.

—Fabienne est morte? Non, ce n’est pas possible! Vous mentez, je ne vous crois pas. Il l’a tuée!

Lebel entra dans une rage folle, à tel point que les trois policiers durent le ceinturer et le menotter, devant ses employés atterrés par la scène.

§§§

Le lieutenant Kaminski observait son prisonnier à travers la glace sans tain de la salle d’interrogatoire.

C’était un bel homme, dans la quarantaine, le cheveu raz, la mâchoire carrée et une musculature cultivée en salle. Son polo Lacoste blanc faisait ressortir un bronzage bien dosé par les lampes UV de son solarium personnel. Bref, le play-boy marseillais dans toute sa splendeur. Exactement le contraire du flic de l’autre côté de la vitre.

Après une bonne heure passée à guetter les réactions du suspect, le jeune homme décida qu’il était temps d’en finir. Il poussa la porte de la minuscule salle qui empestait les odeurs corporelles.

—Ce n’est pas trop tôt, s’énerva l’autre. Vous vous foutez de la gueule du monde.

Kaminski fit mine de ne pas avoir entendu.

—Monsieur Lebel, je ne vais pas vous cacher que vous êtes dans de sales draps. Il vaudrait mieux pour vous que vous coopériez. Vous n’avez pas demandé d’avocat?

—Je n’ai pas besoin d’avocat, je n’ai rien fait.

—C’est vous qui voyez,  répondit le policier en déposant sur la table une photo du corps de Fabienne Villeneuve.

Lebel esquissa un mouvement de recul qui fut stoppé par la chaîne qui retenait ses poignets à la table.

—Mais c’est de la folie, ce n’est pas moi qui ai fait ça. On devait partir ensemble. Elle devait dire à Luc, le soir même, qu’elle le quittait. C’est lui qui devrait être là.

—Vous étiez un ami du couple?

L’architecte baissa les yeux.

—Nous étions amis de longue date, avec Luc.

—Je vois, murmura le policier. Quand avez-vous vu Fabienne Villeneuve pour la dernière fois.

Lebel hésita un instant.

—C’était il y a trois jours.

Les joues du jeune flic s’empourprèrent. Il tapa sur le bureau, du plat de la main.

—Si vous me prenez pour un imbécile, ça ne va pas coller entre nous. Vous êtes en train de me dire que le 4X4 noir qu’un témoin a aperçu devant la villa, le soir du crime, un Porshe Cayenne, n’était pas le vôtre? Il va falloir faire mieux.

—Oui c’est vrai, je suis passé ce soir-là, finit par reconnaître Lebel.

Kaminski lui fit un signe de la main pour l’encourager à continuer, puis il croisa les bras, dans une posture d’attente.

—Il était aux environs de vingt et une heures. Elle devait m’appeler pour me dire comment ça s’était passé avec Luc. Mais elle ne l’a pas fait. J’étais très inquiet, je l’ai appelée au moins vingt fois sur son portable, vous pouvez vérifier, mais elle n’a jamais répondu. Alors j’ai pris ma voiture et je suis allé jusqu’à la villa.

—On n’a retrouvé aucun portable chez elle. À quelle heure êtes-vous arrivé?

—Vingt et une heures trente.

—Qu’avez-vous fait?

—Il y avait de la lumière dans la chambre. J’ai sonné, mais la lumière s’est éteinte tout de suite. J’ai pensé que peut-être ils s’étaient réconciliés.

—Donc à cette heure-là, Fabienne était vivante, puisqu’elle a éteint la lumière.

L’architecte hocha la tête.

—Vous n’êtes pas entré dans la maison? Vous aviez les clés n’est-ce pas.

Lebel regarda le flic, surpris.

—Eh oui, nous avons retrouvé les deux jeux de clés, chez vous et sur le trousseau de votre voiture.

—Ah non vous faites erreur, je n’ai jamais eu qu’un seul jeu de clés, celui que je garde avec mes clés de voiture et en plus je ne m’en suis jamais servi. C’était au cas où.

—Nous avons pourtant bien trouvé deux jeux de clés, monsieur Lebel.

—Je ne sais pas quoi vous dire, je ne vois pas pourquoi je vous mentirais sur ce point.

—Bien, nous verrons cela plus tard. Et ceci?

Kaminski déposa la pochette contenant le couteau suisse sur la table d’interrogatoire.

—Ça ressemble à mon couteau!

—Ça l’est, il est couvert de vos empreintes.

—Je le cherche depuis hier. Où l’avez-vous trouvé?

—Près du corps! Vous l’avez peut-être tout simplement perdu en étranglant Madame Villeneuve.

—Je pense que maintenant je vais demander un avocat, dit Lebel en croisant les bras sur la table.

—Je vous le conseille fortement, monsieur. En attendant, je vous inculpe pour le meurtre de Fabienne Villeneuve. Une dernière question, avez-vous une femme de ménage?

L’architecte regarda le flic, surpris par cette demande.

—Oui, répondit-il, mais… je ne vois pas le rapport.

—Quel jour vient-elle?

—Le vendredi après-midi, mais allez-vous m’expliquer?

—Ce n’est rien, monsieur Lebel, juste un point à préciser pour la procédure.

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